7 novembre 2017

Åke Edwardson, "Marconi Park" : drôle de printemps pour Erik Winter

Cela faisait un moment que je n'avais pas pris de nouvelles du commissaire Erik Winter et de sa bonne ville de Göteborg, en Suède. Dans Marconi Park, douzième épisode de la série, on le retrouve dans un état... incertain. Dans sa précédente enquête, La maison du bout du monde, il reprenait son activité en plein hiver. Pendant deux ans, il s'était arrêté après avoir manqué se noyer, et avait passé ces deux années auprès de sa femme et de ses deux filles, à Marbella. Là, nous sommes au printemps, et Erik Winter vit toujours seul à Göteborg, sa famille est restée au soleil... Toujours en proie à de pénibles crises d'acouphène, l'ami Winter, commissaire snob et névrosé, trouve un semblant de salut dans la musique et le whisky hors d'âge. Le jazz, sa grande passion. Et puis... Michael Bolton. Eh oui, le crooner romantique à la crinière de lion. Etonnant pour quelqu'un qui considère la pop et le rock comme de la musiquette, et ne jure que par Coltrane. Tout le monde se moque de sa nouvelle passion, peu lui chaut. Bolton et ses chansons d'amour, Bolton et ses mélodies accrocheuses, Bolton le solitaire amoureux correspond parfaitement à l'état d'Erik Winter. La prochaine affaire va le tirer, bon gré mal gré, de ces sirupeux abandons, et le plonger dans la dure réalité.

6 novembre 2017

Benoît Séverac, 115 : mafia albanaise, migrants, gitans et prostitution, combat perdu d'avance?

Le nouveau roman de Benoît Séverac nous permet de renouer avec un personnage déjà familier : la vétérinaire Sergine Hollard, dont on a fait la connaissance dans Le chien arabe, paru en 2016 (voir chronique ici). Bonne nouvelle numéro 1: elle n'a rien perdu de son énergie, de sa générosité et de sa faculté de révolte. Bonne nouvelle numéro 2 : le style de Benoît Séverac a gagné en puissance et en rythme. Du coup, nous voilà face à un roman qui tient toutes ses promesses, et où l'auteur affirme son assurance et sa force de persuasion.

Nous sommes à Toulouse, bien sûr. Sergine Hollard, après ses prouesses dans Le chien arabe, s'est acquis une belle réputation d'emmerdeuse auprès des forces de police, y compris Nathalie Decrest, la flic qui sévissait déjà à l'époque, maintenant chef de groupe de la BST Nord, mais aussi de ses propres collègues qui voudraient bien qu'elle concentre son énergie sur l'exercice de son métier et la prospérité de la clinique. Ce serait mal connaître Sergine. La voilà repartie dans un nouveau projet : créer une clinique vétérinaire  ambulante pour les animaux des SDF. 

4 novembre 2017

Romain Slocombe, L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski : le retour de l'abominable inspecteur

Léon Sadorski est de retour. Le héros le plus antipathique qui soit, dont on a fait la connaissance dans L'affaire Léon Sadorski (voir chronique ici) n'a rien perdu de sa hideuse bonhommie, ni de son écœurante ruse et de son monstrueux égoïsme... Pour ce deuxième volume, Romain Slocombe a choisi de situer son action pendant une des périodes les plus noires de l'occupation : les semaines qui précèdent la rafle du Vél d'Hiv. C'est dire que Sadorski va trouver là l'occasion, une fois de plus, de faire la preuve de son caractère immonde, et du même coup d'incarner en sa seule personne toutes les turpitudes dont nos compatriotes se sont rendus coupables...

C'est une des forces de la démarche de Romain Slocombe que de parvenir à nous entraîner dans une intrigue à multiples facettes, de nous pousser à tourner les pages jusqu'au bout, tout en nous mettant face à notre histoire dans ce qu'elle a de plus terrible. Comment diable fait-il pour déclencher chez nous tous les réflexes de l'amateur de roman noir et d'intrigue, tout en nous incitant à réfléchir, à nous demander comment nous, lecteurs, nous serions comportés dans ces circonstances-là, et à nous regarder dans le miroir, en proie aux doutes les plus terrifiants ?

26 octobre 2017

Franck Bouysse, l'interview en roue libre (saison 3, "Glaise")

Franck Bouysse à Paris, à l'ombre d'Auguste Comte
Quelques semaines après la sortie de son nouveau roman, Glaise, qui reçoit un bel accueil auprès du public et dans la presse (voir la chronique ici), Franck Bouysse a bien voulu se prêter pour la troisième fois à l'interview en roue libre. Serait-ce devenu une habitude, un rituel ? Une habitude, certainement pas: en matière de littérature, l'inattendu est toujours au coin de la rue, surtout avec Franck Bouysse. Un rituel, pourquoi pas ? Roman après roman, suivre l'évolution d'un auteur qu'on aime, quoi de plus passionnant ?  Un grand merci à lui.

Comment vis-tu tes influences : celle de ta popularité grandissante, et tes influences littéraires.
J'ai une certitude : la littérature est un fil continu. On ne révolutionne pas la littérature. Mon maître reste évidemment Faulkner, mais je sais aussi qu'il vient de Joyce pour la langue. Comme je sais que McCarthy vient de Faulkner. J'aime bien cette filiation. Je pétris deux glaises en fait, celle de la lecture et celle de l'écriture, et j'essaie de faire mon truc à moi à partir de ça. Tout en allant vers des choses plus anciennes, de Homère à Shakespeare.

Oui, pour Plateau déjà, tu avais évoqué Shakespeare et La Tempête. Pour Glaise, on pense à Roméo et Juliette. Était-ce délibéré, d'emblée ?
Non, pas du tout, ce n'est pas conscient. Je suis d'accord avec Dostoïevski quand il dit que l'imagination, c'est l'art de recomposer sa mémoire. J'ai la mémoire de ce que j'ai vécu, et une mémoire archaïque, tellurique. Je réorganise tout ça à ma façon, avec ma langue à moi. C'est ce qui m'intéresse.

21 octobre 2017

Dennis Lehane, "Après la chute" : entre frustration et ressentiment

Le problème quand on ouvre un roman signé d'un nom aussi vénéré que celui de Dennis Lehane, c'est qu'automatiquement, on a des attentes qui ne sont pas petites. L'homme est prolifique, ses inspirations multiples, son talent impossible à cantonner dans des limites stylistiques, sa bibliographie impressionnante. Ces dernières années, ses activités de scénariste pour la télévision et le cinéma ont sans doute pris le pas sur la littérature.

Mais lors de sa prestation au dernier festival de Harrogate (voir ici), il affirmait : "Le travail que j'ai effectué pour la télévision m'a encore plus engagé à faire de vrais romans. Le dernier fait 700 feuillets, et il m'a fallu trois versions pour y arriver... Je déteste les gens qui disent qu'un roman est "cinématographique". La littérature vient avant. C'est le cinéma qui est littéraire."  Une telle profession de foi ne pouvait qu'encourager à la lecture de Après la chute, c'est donc avec un bel enthousiasme que je l'ai entreprise.

8 octobre 2017

Colin O'Sullivan, "Killarney Blues" : while my guitar gently weeps...

Colin O'Sullivan est un artiste irlandais aux multiples talents - comédien, poète -. Il vit au Japon où il enseigne l'anglais, et Killarney Blues est son premier roman. Comme son titre l'indique, son action se déroule dans la jolie ville de Killarney,  aux portes du Parc national du même nom, au sud-ouest de l'Irlande. Killarney, ses jolies maisons, ses petites rues pavées, son château, ses calèches, ses pubs, sa musique irlandaise, ses touristes venus du monde entier. Et puis Bernard Dunphy. La trentaine, l'allure d'un ado attardé, vêtu d'un gros manteau noir qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il fasse soleil. Bernard vit encore avec sa mère Brigid et leur vieille jument Ninny. Il gagne sa vie en tant que jarvey, c'est-à-dire qu'il promène les touristes dans sa carriole, aux rênes de Ninny. Il a une passion, celle que lui a transmise son père mort noyé dans des circonstances un peu troubles alors qu'il était enfant : le blues, le vrai, celui du Delta. Et ce qui va avec : la guitare. Il vit blues, dort blues, aime blues. 

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